vendredi 15 janvier 2010

Fernand Pelez

Fernand Pelez. 1843 -1913. Je l’ai découvert par hasard sur Internet. Un peintre que je ne connaissais pas jusqu’à aujourd’hui. Notez que ça ne veut rien dire, je n’y connais pas grand-chose en peinture… En tout cas, j’ai été ému par ses toiles. Pelez peignait la réalité de la vie, ce qu’il voyait dans les rues des villes. En général, cela n’était pas très reluisant. La misère. L’insupportable solitude de la misère. Observez ces deux toiles : dites-vous que plus d’un siècle a passé et que l’on peut encore voir ce genre de scènes sur nos trottoirs, même si par indifférence ou par simple habitude, on finit par ne plus percevoir les souffrants que l’on y croise… A découvrir également sur http://pelez.blogspot.com/

lundi 28 décembre 2009

Pour 2010

Dix années se sont écoulées depuis le symbolique basculement dans le nouveau siècle, dans le nouveau millénaire. Lorsque j’étais enfant, puis adolescent, dans les années 70, je fantasmais les années 2000. J’imaginais qu’elles seraient le reflet d’un monde en progrès, un monde où la science, alliée à la philosophie et à l’art, permettraient de faire de nos vies, sinon des œuvres d’art, pour le moins des existences exaltantes, aptes à faire naître tous les enthousiasmes, en nous et autour de nous. Un monde où les richesses auraient également pu être suffisamment partagées pour que plus personne ne reste au bord de la route.

Le monde de tous les possibles, en quelque sorte.

Un rêve ? Une illusion perdue, plutôt. Quarante années ont passé. « On voulait juste des jours meilleurs… » ou encore « You may say I’m a dreamer… », cela n’était rien que des chansons, en fin de compte. Et rien n’a réellement changé.

Bien sûr nous avons de superbes téléphones mobiles qui photographient, filment, naviguent sur Internet. Bien sûr nos ordinateurs personnels feraient pâlir d’envie les ingénieurs de la NASA des années 60. Bien sûr, nos automobiles sortent presque toutes de leur chaîne d’assemblage équipées de systèmes de climatisation et de navigation. Bien sûr nos téléviseurs captent plus de programmes que nous ne sommes capables d’en ingurgiter quotidiennement. Bien sûr, pour la plupart, nous possédons nombre de ces jouets pour grandes personnes… Nous travaillons pour les acquérir, nous collectionnons les crédits, nous nous privons parfois de l’essentiel pour obtenir ces leurres qui finalement ne nous offrent que d’éphémères plaisirs…

Mais qu’en est-il de ce monde de tous les possibles dont je rêvais enfant ? Qu’en est-il du bonheur puissant de faire en sorte de ressembler à celui que j’ambitionnais de devenir dans ce monde-là ?

Côté Français, les interdictions, les retours forcés dans leurs pays en guerre des exilés sans-papiers, les répressions, les grands discours sur l’insécurité, les débats sur l’identité française… ont pris le pas sur les libertés, la justice, la fraternité… « Et si d’un président à un autre président nous n’avons pas transformé notre façon de tendre la main, c’est qu’un autre président ne pouvait rien pour nous et qu’il n’était pas aussi important que cela qu’il ait changé... » Tout est dit, finalement, dans cette phrase d’Yves Simon. Et de l’autre côté de nos frontières, le monde a connu, ces dix dernières années, ses horreurs habituelles, ses ravages, ses tours effondrées, ses guerres fratricides, ses attentats, ses épidémies et autres affaissements économiques et financiers.

Pour 2010, je fais pourtant ce vœu : que vous osiez succomber à la fascination exercée par les quelques vraies pépites que vous trouverez peut-être sur vos routes. Que vous vous hasardiez à vous laisser séduire par des regards rencontrés, des sourires partagés, des mots prononcés pour vous, d’une infinie douceur… Et que vous tendiez la main pour les emporter avec vous, contre vous, en vous… Pour en faire des talismans intimes qui vous éclaireront longtemps, comme des étoiles inespérées dans la nuit.

Chutes

C'est à croire que nos existences sont régies par les chutes. Nous passons notre temps à tomber amoureux, à tomber malades, à tomber raides, à tomber en extase devant une sublime... chute de reins. Les femmes tombent enceintes. A la guerre, les hommes tombent comme des mouches. On dit qu'ils sont tombés pour la Patrie. Parfois, on tombe à pic, d'autres fois bien bas. Nos cheveux tombent, nos dents. Le brouillard tombe, ainsi que la nuit. D'autres fois, encore, on tombe sur un os et nos projets, alors, finissent par tomber à l'eau. Seul le jour se lève. Le soleil, aussi. Il ne tombe jamais. Il se contente de se coucher. Alors, peut-être qu'un matin, juste avant l'aurore, je laisserai tout tomber. Juste avant que la nuit ne s'achève.

Black is black

Un cliché pris par l'auteur Jean-Marc Demetz, lors d'une séance photos à Templemars : une photographe surprise en train de me photographier.
Photographier, éthymologiquement, signifie "écrire avec la lumière". Ici, c'est pourtant noir sur noir...

dimanche 27 décembre 2009

Escales hivernales 2009

mercredi 18 novembre 2009

Escales hivernales

Je serai, les 12 et 13 décembre prochains, à la 4e fête du livre de Lille « Escales hivernales ». Ça se passera au Tripostal, avenue Willy Brandt à Lille, à partir de 13 heures. Au programme : expositions, slam session, grande librairie et dédicaces, cafés littéraires, ateliers d’écriture, lectures spectacles, tables rondes et débats et espace littérature jeunesse. Pour tous les goûts, donc.

En ce qui me concerne, je participerai samedi 12, à 14 heures, à un café littéraire « L’heure du polar ». J’y répondrai, en compagnie d’autres auteurs, aux questions de Philippe Lefait (Des mots de minuit, France 2) et de Minh Tran Huy (Rédactrice en chef du Magazine Littéraire). Le même jour, à partir de 15 h 45, séance de dédicaces. Dimanche 13, à 16 h 30, je participerai à une scène ouverte aux éditeurs de la région, « C’est édité près de chez vous ». L’occasion pour les éditeurs du secteur de présenter leurs auteurs.

Le programme complet est téléchargeable ici.

Venez nombreux !

lundi 16 novembre 2009

Emily Loizeau, l'alchimiste

L’autre bout du monde… Le 13 novembre, en soirée, c’était au Splendid de Lille. Un lieu transformé pour l’occasion en Pays sauvage, un lieu comme un étrange au-delà, un nid féerique pour Emily Loizeau et ses musiciens. Le concert fut magique : puissance et fragilité, douceur et rythmes envoûtants, poésie tendre et humour… un superbe et incroyable mélange. Difficile de décrire avec des mots ce qui ne peut être qu’expérimenté, ce qui ne peut être qu’écouté et goûté en direct. En réalité, désolé pour vous, il fallait y être, se laisser envouter par la voix. Je ne parlerai pas de talent, le mot est usé et faible. La vérité, c’est qu’Emily Loizeau est une alchimiste : elle transmue en or les limailles de fer glanées ci et là dans l’existence. Une chose m’est aujourd’hui évidente : il y a quelque chose qui ressemble à de la tristesse à m’apercevoir que certains ne la connaissent pas, passant ainsi à côté de l’essentiel : l’émotion pure. Moi, je sais que ce soir du 13 novembre, j’ai frôlé un duvet d’ange. J’en ai gardé un peu, rien que pour moi, pour qu’il m’accompagne là où tout peut faire mal, de ce côté-ci du monde. Comme une consolation face à tout ce qui nous lamine, jour après jour.

Voir une vidéo

vendredi 13 novembre 2009

Portrait en noir et blanc d’Angéla Küber

Parfois, je sors du placard les boîtes en carton où j’ai rangé mes photos, ces ersatz figés et glacés de ma mémoire défaillante. En observant les sourires, les silhouettes et les regards du passé, j’essaie de faire réapparaître dans mon cerveau les voix et les rires. C’est difficile. Souvent, je n’y parviens pas. Les visages en deux dimensions, immobiles, restent muets.


Ce soir, comme chaque fois que je visite mes boîtes à photos, je reviens sur ce portrait en noir et blanc d’Angéla Küber. Elle avait trente ans, sur le cliché. Ses yeux et ses cheveux très noirs contrastaient avec la douceur de ses traits. Jamais, depuis, je n’ai rencontré un tel visage, aussi beau qu’étrange, teinté à la fois de joie et de mélancolie.

Elle avait écrit, au dos de la photographie, ces quelques mots : " j’aime en toi ta part d’ombre, ton mystère ". Mais c’est bien elle qui fut un mystère. Et qui le demeure, encore aujourd’hui. Moi, je ne crois pas avoir jamais été mystérieux. Taciturne, peut-être, discret, fermé sur moi-même, peu enclin aux confidences.

Angéla Küber fut une bouleversante énigme, un météore dans ma vie. Les quelques mois que nous avons partagés, l’année de mes trente ans, ont suffi à m’irradier en profondeur. C’était il y a pas mal de temps, vingt ans.

En mai dernier, si elle est encore de ce monde, elle a eu cinquante ans, comme moi. Ça me fait un drôle d’effet de l’imaginer en femme mure. Quand je pense à elle et à ce que nous avons partagé, je m’interroge sur sa vie et je me demande si elle a beaucoup changé. Je ne sais pas si elle pense encore à moi, parfois. C’est si loin. Mais je ne pense pas avoir marqué sa vie comme elle a ébranlé la mienne. Je me plais pourtant à supposer que, parcimonieusement, elle fait resurgir, du gouffre obscur du passé, mon image brouillée par le temps.

Certains soirs, je l’imagine vivant dans cette ville où elle m’avait dit qu’un jour elle irait rejoindre son frère, Houston, au Texas. Au bout du monde. Mais était-ce vrai, avait-elle vraiment eu un frère exilé en Amérique ? Si elle s’y est rendue, peut-être a-t-elle quitté les États-Unis, depuis, peut-être est-elle quelque part en Europe, en France, même. C’est une possibilité. Après tout, sa mère était française. Elle m’avait dit qu’elle vivait à Paris, qu’elle tenait une librairie, rue Lepic. Mais je n’ai jamais retrouvé ce magasin.

Je ne sais pas si Angéla Küber vit encore. Elle a disparu sans laisser de traces un jour de décembre 1987. Elle s’est volatilisée.

Extrait de "D'où vient Angela Küber" - Editions Ravet-Anceau

>>A lire sur le même thème

jeudi 12 novembre 2009

De l'autre côté

Écrire un livre, c’est façonner avec de l’encre un miroir magique et chercher ce qu’il y a derrière, de l’autre côté.
Dans les livres, il y a souvent quelqu’un qui ressemble à celui qui les écrit, son image inversée, déformée. Et un monde. Celui qui évolue derrière le tain du miroir. Ce monde-là peut ressembler à tous les mondes. Il suffit de déplacer le miroir pour changer le décor et le cours du temps.
Ce n’est que cela, finalement, écrire. Déplacer un miroir et décrire ce qu’on y voit. Bien sûr, cela n’est jamais réel. Ça ressemble à la réalité mais on sait qu’il n’en est rien. Il faudrait être fou pour croire cela.
Et parfois, Adrien est fou. Fou au point de croire que Matilda est là, déjà, près de lui, qu’elle n’est pas loin. Et qu’il y a entre eux quelque chose qui le dépasse. Qui les dépasse.
" C’est impossible, ce que vous écrivez dans vos livres. " C’est cela qu’il entend parfois. Effectivement, ce qu’Adrien écrit dans ses livres est impossible, ne se peut pas. Mais n’est-ce pas le propre des livres de raconter des histoires impossibles ?


Extrait de "Rue des Poètes, un de me romans non publiés

mardi 10 novembre 2009

Colum mc Cann - La vie du monde ne tient qu’à un fil

Un câble d’acier comme fil conducteur d’une histoire… Il fallait y penser. Il fallait surtout être capable d’en faire un roman. Colum Mc Cann, auteur New-yorkais d’origine irlandaise, a osé l’écrire. Au fil des pages, on plonge au creux de plusieurs histoires qui se côtoient et ne tiennent qu’à un fil, celui du funambule français Philippe Petit, qui, en août 1974, a marché et dansé entre les Twin Towers, à Manhattan : un prêtre irlandais écartelé entre Dieu et son amour pour une jeune femme, des mères de soldats morts au Vietnam, d’horizons socioculturels tellement différents qu’elles peinent à partager leur douleur, un couple d’artistes peintres qui rame vers sa déchéance après avoir connu un succès éphémère, un adolescent qui, au péril de sa vie, photographie les tags dans les souterrains du métro, des informaticiens californiens qui trifouillent les lignes téléphoniques pour écouter la rumeur du monde et suivre en direct l’exploit du man on wire, une putain New-yorkaise emprisonnée et désespérée d’avoir perdu sa fille… Un étrange ballet, rythmé par celui du funambule, allégorie d’un monde en équilibre, prêt à s’effondrer mais qui sans cesse se relève. Un roman remarquable, à lire absolument.

Et que le vaste monde poursuive sa course folle - Colum McCann – éditions Belfond

jeudi 15 octobre 2009

Les romans de Ravet-Anceau sur IPhone

Les romans de Ravet-Anceau sont désormais accessibles en fichiers numériques sur iPhone. Une soixantaine de romans régionaux peuvent être téléchargés (y compris ceux épuisés en librairie) à un prix inférieur de 20% à la version papier. Ravet-Anceau est le premier éditeur régional à mettre une partie de son catalogue sur iPhone. Il suffit de se connecter avec son iPhone sur le site http://www.ravet-anceau.fr/.
Par ailleurs, grâce à une technologie développée par la société villeneuvoise Nord Compo, les romans Ravet-Anceau sont également disponibles sous forme de fichiers numériques lisibles sur e-reader : ombres blanches - Livres numériques

vendredi 2 octobre 2009

Un homme, de Philip Roth

Un homme… Unique, comme tout homme. Pluriel, car chacun peut y reconnaître ses propres fêlures, ses propres défaites. Ce roman, sans doute le plus touchant de Philip Roth, est l’histoire d’un homme face à lui-même, parvenu au terme de sa vie. Hanté par le spectre de la mort qui, plusieurs fois, l’a frôlé, il l’attend. Et se souvient. Trois mariages ratés, un frère qu’il aime mais qu’il jalouse pour sa bonne santé, deux fils qui le détestent parce qu’il a quitté leur mère, une fille qui l’adore et qu’il adore, d’autres femmes, maîtresses ou petites amoureuses… Elles sont les éternelles enfouies en lui. Observant son parcours jalonné d’extraordinaires banalités où s’emmêlent les amours, les déceptions, les maladies, les joies, les rêves brisés, la fugacité du bonheur, il médite sur notre impitoyable précarité. En fin de compte, c’est l’histoire d’un homme qui se dit qu’avec le temps, il s’est inexorablement éloigné de l’homme qu’il aurait voulu être. Un tragique testament ? Ne vous y trompez pas, il s’agit d’un livre plus léger que triste où sourdent d'enivrantes obsessions. « On aura beau tout savoir, tout manigancer, tout organiser, tout manipuler, penser à tout, le sexe nous déborde », a écrit Philip Roth dans un autre roman, La bête qui meurt. C’est aussi de cela dont il s’agit ici : de nos indispensables dérives.

Un homme – Philip Roth – éditions Gallimard - éditions Folio